PROTÉGEONS NOTRE HISTOIRE POUR UN AVENIR D’ESPOIR
L’histoire des luttes LGBTI+ : des révoltes à la conquête des droits
Au cours de la dernière Pride, à Angers en 2025, nous avons alerté celles et ceux qui marchaient à nos côtés du danger pour le droit des personnes LGBTI+ que représente la résurgence de l’extrême droite. Au cours des 25 dernières années, cette mouvance réactionnaire a fait irruption dans la vie politique de nombreux pays du monde (France, USA, Hongrie, Russie, Italie, Pologne, Inde, Brésil etc.). Qu’elle soit à la tête de l’Etat ou qu’elle constitue l’une des principales forces politiques, son ancrage est de plus en plus important dans le débat politique. On ne rappellera jamais assez à quel point son influence grandissante représente un péril imminent pour nos droits et nos existences.
Il nous est apparu nécessaire de mobiliser et d’entretenir notre mémoire collective pour nous rappeler dans quel contexte ont émergé les mobilisations pour les droits LGBTI+. Au cours du XXème siècle, être gay, lesbienne ou trans signifiait évoluer dans une société profondément hostile à son existence. L’exploitation des archives (administratives, personnelles, militantes, policières, judiciaires) nous montre combien des vies ont pu être réprimées et brisées par l’homophobie des autorités, tout comme par celle d’une partie de la société. Ce rejet se traduisait par une forte réprobation morale et sociale, ainsi que par une répression policière et judiciaire (harcèlement, rafles et arrestations, fichage et condamnation). Les personnes queer évoluaient dans un climat de peur permanente et de honte intériorisée.
A partir des années 1950, des personnes gay, lesbiennes et trans vont chercher à sortir de leur isolement, à se rencontrer et à s’organiser. Ces premières mobilisations (la revue et le club « Arcadie » en France, la Mattachine Society, la Daughters of Bilitis au USA) peuvent aujourd’hui nous paraître timides et mesurées. Dans un contexte sociétal très hostile, elles ont cherché à éviter tous conflits avec les autorités afin de faire évoluer lentement les mentalités. Ces organisations ont planté les graines d’un soulèvement. Celui-ci va éclore et s’épanouir dans le cadre du bouillonnement social et politique des années 1960 et 1970 (luttes syndicales, féministes, anticolonialistes, pacifistes etc.).
C’est dans ce contexte électrique que le mouvement gay et lesbien, va faire irruption publiquement afin de revendiquer une reconnaissance positive de ses droits et de sa dignité. Les émeutes de Stonewall à New York, le 27 et 28 juin 1969, ont montré que des personnes stigmatisées et discriminées quotidiennement pouvaient revendiquer le respect et la fin des violences policières. Le mouvement LGBTI+ prend conscience de son pouvoir d’agir, de son « empowerment ». Ce soulèvement a été le point de départ de nos marches annuelles des fiertés. N’oublions pas aussi que 2 des participantes de ces émeutes, Sylvia Rivera et Marsha P Johnson, des femmes trans et racisées, sont à l’initiative en 1973 du S.T.A.R. (Street Travestites Action Revolutionnaries), une organisation new yorkaise chargée de venir en aide aux jeunes queers, trans en situation d’exclusion, souvent racisé·es et travailleur·euses du sexe.
A la fin des années 1970, L’engagement militant LGBTI+ va aboutir rapidement à une forme de maturité qui va permettre d’une part, de positionner les mobilisations sur le terrain du droit, pour lutter contre la répression policière et judiciaire mais d’autre part, d’interpeller les acteurs politiques et faire changer la législation (comme ce fut le cas en France avec le Comité d’urgence anti-répression homosexuelle, le CUHAR, né en 1979).
La mobilisation des militants homosexuels et des militantes lesbiennes a été longue pour parvenir à rallier les partis politiques progressistes à leur cause. En France, l’élection de François Mitterrand à la présidentielle de 1981 et le respect de ses engagements à mettre un terme aux politiques discriminatoires constitue la première victoire majeure du mouvement gay et lesbien.
Le début de la décennie 1980 s’annonçait favorable aux personnes homosexuelles mais le mouvement social va notamment être démobilisé par l’arrivée d’un consumérisme gay, centré sur les loisirs et le corps. C’est surtout l’émergence de l’épidémie du SIDA à partir de 1981 qui va venir assombrir le quotidien de la communauté homosexuelle et freiner cet élan d’émancipation.
Il faudra attendre la seconde moitié des années 1990 pour que le mouvement social LGBTI+ puisse reprendre activement la lutte pour de nouvelles revendications (l’union des personnes de même sexe, l’adoption, le droit d’asile, les droits et la dignité des personnes trans).
Des avancées importantes mais incomplètes au XXIᵉ siècle
Le XXIᵉ siècle a marqué une accélération historique des conquêtes pour les droits des personnes LGBTI+, fruit de décennies de mobilisations, de luttes collectives et de résistances face à l’ordre moral. Dans de nombreux pays, des avancées majeures ont été obtenues, souvent contre des oppositions politiques, religieuses et conservatrices déterminées à maintenir les minorités sexuelles et de genre dans l’invisibilité.
L’ouverture du mariage aux couples de même sexe constitue l’une des réformes les plus emblématiques des luttes contemporaines pour l’égalité. En France, la loi adoptée en 2013 sous la présidence de François Hollande, portée par la ministre de la Justice Christiane Taubira, a mis fin à une exclusion juridique historique qui réservait le mariage civil aux couples hétérosexuels. Cette réforme a été obtenue dans un climat de tension sociale intense. Les mobilisations contre le mariage pour tous ont rassemblé des centaines de milliers de manifestants, soutenus par des organisations religieuses, des partis conservateurs et des mouvements réactionnaires. Cette opposition massive a montré que l’homophobie n’était pas un vestige du passé, mais une force encore structurée politiquement. L’ouverture du mariage a permis l’accès à l’adoption conjointe, reconnaissant enfin la légitimité des familles homoparentales. Pendant des décennies, ces familles existaient déjà, mais sans reconnaissance légale, exposées à l’insécurité juridique et à l’arbitraire des institutions.
À l’échelle internationale, la reconnaissance du mariage égalitaire dans plusieurs pays, notamment après l’arrêt Obergefell v. Hodges aux États-Unis, a constitué un tournant mondial, affirmant que l’égalité devant la loi ne peut dépendre de l’orientation sexuelle. Cependant, cette victoire reste partielle. Dans de nombreux pays, le mariage entre personnes de même sexe est encore interdit, et dans certains, l’homosexualité demeure criminalisée.
L’élargissement de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes célibataires, adopté en France en 2021 dans le cadre de la loi de bioéthique, représente une nouvelle étape dans la reconnaissance de l’égalité des familles. Avant cette réforme, seuls les couples hétérosexuels confrontés à une infertilité médicale pouvaient accéder à la PMA. Cette restriction reposait sur une conception normative de la famille, centrée sur le modèle hétérosexuel, excluant de fait les couples de femmes et les femmes seules. Pendant des années, de nombreuses femmes ont dû se rendre à l’étranger, notamment en Belgique ou en Espagne, pour pouvoir avoir un enfant. Cette situation créait une inégalité sociale évidente : seules celles qui avaient les moyens financiers pouvaient contourner la loi. La réforme a donc permis de mettre fin à une discrimination, mais elle ne règle pas toutes les questions. La reconnaissance des filiations dans toutes les configurations familiales reste parfois complexe, notamment pour les personnes trans ou pour les familles ayant eu recours à des parcours médicaux à l’étranger. De plus, l’absence de cadre légal concernant la gestation pour autrui continue d’alimenter des débats politiques et éthiques, révélant que la question de l’égalité familiale reste un terrain de confrontation.
Dans le droit international, la reconnaissance de l’asile pour les personnes persécutées en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre constitue une avancée majeure. Elle s’inscrit dans le cadre des principes défendus par l’Organisation des Nations Unies et par la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme, qui reconnaissent que les persécutions liées à l’identité ou à l’orientation constituent une violation des droits fondamentaux. Dans de nombreux pays, l’homosexualité reste pénalisée, et dans certains cas punie de prison, de torture ou de mort. Les personnes trans sont particulièrement exposées aux violences policières, sociales et familiales. Dans ces contextes, la demande d’asile n’est pas un choix, mais une nécessité pour survivre. Cependant, l’accès effectif à l’asile reste difficile. Les procédures sont longues, les preuves exigées sont parfois humiliantes, et les demandeurs doivent souvent démontrer leur orientation ou leur identité devant des administrations qui manquent de formation sur ces questions. La reconnaissance du droit d’asile est donc une avancée essentielle, mais encore imparfaitement appliquée.
Les thérapies de conversion, qui prétendent modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, ont longtemps été tolérées, voire encouragées, dans certains milieux religieux ou médicaux. Elles reposent sur l’idée que l’homosexualité ou la transidentité seraient des anomalies qu’il faudrait corriger. L’interdiction de ces pratiques en France en 2022 marque une rupture importante. Elle s’appuie notamment sur les positions de l’Organisation Mondiale de la Santé, qui affirme depuis plusieurs décennies que l’homosexualité n’est pas une maladie et que les tentatives de conversion peuvent provoquer des traumatismes graves. Cette loi reconnaît que ces pratiques constituent des violences psychologiques et parfois physiques, et qu’elles portent atteinte à la dignité humaine.
Mais l’existence même de ces pratiques au XXIᵉ siècle rappelle que la stigmatisation des personnes LGBTI+ reste profondément enracinée dans certains milieux.
La décision de l’OMS, en 2019, de retirer la transidentité de la liste des troubles mentaux dans la classification internationale des maladies a constitué une étape historique. Elle met fin à une longue tradition médicale qui considérait les identités trans comme des pathologies. Cette dépathologisation ne signifie pas que les personnes trans n’ont plus besoin d’accompagnement médical, mais qu’elles ne doivent plus être considérées comme malades du fait de leur identité. Malgré cette évolution, les personnes trans continuent de rencontrer de nombreux obstacles : procédures administratives longues, difficultés d’accès aux soins, discriminations dans l’emploi, violences dans l’espace public.
La reconnaissance juridique progresse, mais la réalité sociale reste marquée par une forte marginalisation.
Les enquêtes sociologiques montrent une progression de l’acceptation des personnes LGBTI+, notamment chez les jeunes générations. La visibilité accrue dans les médias, l’école, la culture et les réseaux sociaux a contribué à normaliser des identités longtemps invisibilisées. Cette évolution n’est pas le fruit du hasard. Elle est le résultat du travail constant des associations, des militants, des artistes et des chercheurs qui ont refusé le silence imposé pendant des décennies. Cependant, cette progression n’est ni uniforme ni irréversible. Les mentalités évoluent plus vite dans certains milieux que dans d’autres, et les périodes de crise politique ou sociale peuvent raviver des discours réactionnaires.
L’histoire des droits LGBTI+ montre que chaque avancée peut être contestée, remise en cause ou attaquée. C’est pourquoi les progrès du XXIᵉ siècle, aussi importants soient-ils, restent incomplets et fragiles.
Malgré l’ensemble de ces progrès, les luttes et les mobilisations restent nécessaires.
Malgré les lois, les violences LGBTIphobes restent une réalité quotidienne. Insultes, agressions, discriminations à l’emploi, rejet familial, harcèlement scolaire : ces violences rappellent que l’égalité juridique ne garantit pas l’égalité réelle. Les rapports annuels de l’association SOS Homophobie montrent une augmentation régulière des signalements, preuve que la haine ne disparaît pas avec les lois. L’espace public, l’école, le travail et même les institutions restent des lieux où les minorités doivent encore se justifier d’exister.
Les avancées ne bénéficient pas de la même manière à toutes les personnes LGBTI+. Les personnes trans, les personnes racisées, les personnes migrantes, précaires ou handicapées subissent des discriminations croisées. Une lesbienne blanche aisée ne vit pas la même réalité qu’une femme trans migrante ou qu’un jeune gay sans domicile. C’est pourquoi la lutte pour l’égalité ne peut pas être seulement juridique : elle doit être sociale, économique et politique.
Le concept d’intersectionnalité, développé par la juriste Kimberlé Crenshaw, rappelle que les oppressions se croisent et se renforcent. Lutter contre l’homophobie sans lutter contre le racisme, le sexisme ou la précarité revient à défendre une égalité incomplète.
Une véritable politique d’égalité doit prendre en compte l’ensemble des rapports de domination.
La montée des mouvements réactionnaires
Le retour de l’extrême droite et des réactionnaires au premier plan de la vie politique des pays occidentaux (Italie, Espagne, Hongrie, Pologne, Russie, USA etc.) constitue une menace pour nos droits et pour nos existences. Ces mouvances partagent un certain nombre de valeurs et de méthodes. A l’instar de leurs leaders (Donald Trump, Victor Orban et de bien d’autres), ils perçoivent la société comme une entité vivante, complète et homogène. Cette vision du monde est basée sur un ordre naturel fantasmé qui génère une phobie de l’autre, de celui qui n’est pas un homme blanc, hétérosexuel et aisé. Les figures de l’altérité (les queer, les femmes, les personnes étrangères réelles ou supposées) sont perçues comme une menace existentielle pour leur monde hétéronormatif et patriarcal.
Les logiques de rejet et de discrimination sont inscrites dans l’ADN de leur projet politique. Ils cherchent à fédérer une partie de la population par le biais d’une politisation des affects négatifs comme le racisme, la misogynie, l’homophobie et la transphobie. Ils vont cautionner, justifier et valoriser cette haine ordinaire.
D’autres valeurs promues, comme le masculinisme et l’autoritarisme, sont incarnées par leurs leaders aux postures “viriles et toxiques” tels que Vladimir Poutine, Donald Trump, Javier Milei etc. Leur vision du monde tend à soumettre, à discipliner, à contrôler le corps de l’autre (celui des femmes, des personnes queers, trans, racisées etc.).
C’est pourquoi leurs mouvements mènent d’intenses et de discrètes batailles juridiques et de lobbying pour bloquer ou affaiblir les droits des femmes et des LGBTI+. En parallèle de ce long et silencieux travail de sape, leurs relais médiatiques (presse, chaîne d’information, radio, influenceurs) cherchent à susciter des polémiques permanentes et à provoquer des paniques morales. Par exemple, la transphobie constitue un puissant moteur de leur combat médiatique et politique. Tout comme la promotion d’une véritable éducation à la vie affective et sexuelle pour les mineur·es qui constituent un terrain d’affrontement, d’harcèlement et de diffamation (ex : le lobbying des « mums for liberty », « les mamans louves », « les parents vigilants» etc.)
Les attaques répétées contre l’Etat de droit (le respect de la hiérarchie des normes, l’égalité devant la loi, la séparation des pouvoirs) est aussi l’un des dénominateurs communs à tous ses mouvements tant en France (cf. propos de Bruno Retailleau, de Laurent Wauquiez, d’Éric Zemmour, de Marine Le Pen) qu’à l’étranger (la Hongrie de Victor Orban, les USA de Trump etc.). En affaiblissant l’Etat de droit, ils cherchent à rendre possible la déconstruction de nos droits, acquis au cours de nos longues mobilisations, depuis 75 ans.
L’influence des médias et des réseaux sociaux
Les médias et les réseaux sociaux jouent aujourd’hui un rôle central dans la construction des représentations sociales. Ils influencent non seulement l’opinion publique, mais aussi la manière dont certaines revendications, notamment celles des personnes LGBTI+, sont comprises, soutenues ou rejetées.
Internet est devenu un espace majeur de diffusion des discours, où coexistent à la fois des dynamiques d’émancipation et des phénomènes de rejet. D’un côté, les réseaux sociaux permettent une visibilisation sans précédent des identités et des parcours LGBTI+. Des personnes issues de milieux variés peuvent partager leurs expériences, créer des communautés, informer et sensibiliser. Cette mise en lumière contribue à faire émerger une diversité des réalités LGBTI+, loin des représentations stéréotypées : diversité des identités de genre, des orientations sexuelles, mais aussi des origines sociales, culturelles et territoriales.
Cependant, cette visibilité accrue s’accompagne d’une exposition plus importante aux violences en ligne. Les mêmes outils qui permettent de s’exprimer facilitent aussi la diffusion de discours haineux. L’absence ou l’insuffisance de modération sur certaines plateformes crée un environnement où les propos LGBTIphobes peuvent circuler librement, se renforcer mutuellement et atteindre un large public.
Les choix de régulation opérés par les grandes plateformes sont donc déterminants. Les orientations impulsées par des dirigeants comme Elon Musk ou Mark Zuckerberg influencent directement la manière dont les contenus sont modérés. Une modération plus faible, ou centrée sur une conception extensive de la liberté d’expression, peut conduire à une cohabitation déséquilibrée entre les revendications LGBTI+ et les discours hostiles. Dans ce contexte, les prises de parole militantes peuvent être noyées, attaquées ou délégitimées.
Ce déséquilibre a un impact direct sur les revendications LGBTI+. Lorsque les discours haineux ne sont pas suffisamment régulés, ils peuvent affaiblir la portée des luttes, décourager la prise de parole et créer un climat d’insécurité pour les personnes concernées. À l’inverse, une modération efficace peut favoriser un espace de débat plus serein, où les revendications peuvent être entendues et discutées dans de meilleures conditions.
Par ailleurs, les algorithmes des plateformes jouent un rôle amplificateur. En valorisant les contenus qui suscitent de fortes réactions, ils tendent à mettre en avant les publications les plus clivantes. Cela peut conduire à une surreprésentation des conflits autour des questions LGBTI+, donnant l’impression d’une opposition plus forte qu’elle ne l’est réellement dans la société.
En parallèle, les médias traditionnels participent eux aussi à cette dynamique. Certains groupes médiatiques, associés à des figures comme Vincent Bolloré, peuvent orienter le traitement de ces questions en mettant davantage en avant des débats controversés ou des positions critiques. Cela contribue à structurer un espace médiatique où les enjeux LGBTI+ sont parfois abordés sous l’angle de la polémique plutôt que de l’information.
On observe ainsi une tension forte: d’un côté, une visibilisation essentielle et positive des diversités LGBTI+ ; de l’autre, une fragilisation des revendications liée à la diffusion insuffisamment régulée des discours haineux.
Les réseaux sociaux et les médias constituent à la fois des outils d’émancipation et des espaces de confrontation. L’enjeu central réside dans leur capacité à garantir un équilibre entre liberté d’expression et protection contre les discriminations, afin que la visibilité des personnes LGBTI+ ne se transforme pas en facteur de vulnérabilité mais reste un levier de reconnaissance et d’égalité.
La nécessité de se mobiliser aujourd’hui
La mobilisation paye : l’histoire nous le prouve. S’engager permet, pas à pas, de faire avancer les droits de chacune et chacun d’entre nous. Être visible, occuper le terrain sans relâche, réclamer, convaincre, manifester… C’est ainsi que l’on avance. Nous ne devons rien lâcher !
Il a fallu par exemple lors de la pandémie du Sida, se dresser face à l’inertie des décideurs, à la résistance des rétrogrades, à la cupidité des groupes pharmaceutiques. La mise en œuvre d’une réelle politique de prévention sanitaire, la reconnaissance des couples de même sexe et de leur communauté de vie ne sont pas arrivés par hasard mais au terme d’un militantisme têtu.
Chaque étape du progrès social a été le fruit de l’engagement individuel et collectif : que ce soit dans des mouvements politiques, des associations et organisations, des œuvres artistiques, des lieux sociaux ou commerciaux, des syndicats, des actions judiciaires ou en tant qu’individu qui agit et soutient, vote, manifeste et participe.
Poursuivons cette voie tracée par nos prédécesseurs en n’oubliant pas leurs actions, leurs noms et leurs combats. La visibilité est aussi un enjeu de mémoire. Entretenir le souvenir, conserver les archives, transmettre la connaissance ; au-delà de l’hommage, il nous appartient de donner à comprendre comment nos droits ont été acquis. C’est aussi là que nous résisterons aux réactionnaires qui veulent réécrire l’histoire.
Notre histoire nous appartient ! Notre chemin en croise bien d’autres : souvent dans la foulée du mouvement de libération des femmes, toujours contre le racisme, la xénophobie et toute discrimination, jamais loin des luttes sociales et syndicales. S’engager pour la liberté de disposer librement de notre corps, de notre genre, de notre sexualité, de notre vie va de paire avec la reconnaissance de la liberté d’expression, la promotion d’une société égalitaire et inclusive, la protection de la terre, du vivant et du climat.
Soyons fièr·es de notre engagement. Il est toujours et encore nécessaire de se mobiliser aujourd’hui pour consolider nos droits et lutter contre les discriminations et pour la solidarité. Ça ne fait que commencer !
Les enjeux territoriaux : la question des ruralités
Les territoires ruraux sont souvent perçus comme homogènes et conservateurs, mais cette vision simplifiée ne correspond pas à la réalité. Les campagnes françaises sont traversées par une grande diversité de profils, de parcours et de sensibilités, y compris en matière d’orientation sexuelle et d’identité de genre. Les personnes LGBTI+ vivent partout sur le territoire, mais leur présence reste souvent moins visible qu’en milieu urbain.
Cette invisibilité ne signifie pas absence, mais plutôt discrétion contrainte. Dans de nombreux espaces ruraux, le manque d’anonymat, la proximité sociale et la crainte du jugement peuvent rendre plus difficile le fait de vivre ouvertement son identité. Cela peut entraîner des situations d’isolement, voire un sentiment d’exclusion. Certaines personnes choisissent alors de quitter ces territoires pour rejoindre des villes perçues comme plus inclusives, ce qui renforce encore l’idée fausse que les ruralités seraient dépourvues de diversité.
Face à ces enjeux, la question n’est pas seulement sociale, mais aussi territoriale et politique. Il devient essentiel de garantir que les droits et les conditions de vie des personnes LGBTI+ soient les mêmes partout, et pas uniquement dans les grandes métropoles.
Cela passe d’abord par la création d’espaces inclusifs à l’échelle locale : lieux de rencontre, permanences associatives, événements culturels ou éducatifs. Ces espaces jouent un rôle crucial, car ils permettent de rompre l’isolement, de créer du lien social et de rendre visibles des réalités souvent ignorées.
Ensuite, il est nécessaire de soutenir les initiatives locales, souvent portées par des bénévoles ou de petites associations. Dans les territoires ruraux, ces actions sont d’autant plus importantes qu’elles reposent sur peu de moyens mais ont un impact direct sur la vie quotidienne. Elles contribuent à faire évoluer les mentalités, à sensibiliser la population et à instaurer un climat plus inclusif.
Un autre enjeu majeur est de permettre aux personnes LGBTI+ de vivre librement partout sur le territoire, sans avoir à choisir entre leur identité et leur lieu de vie. Cela implique un accès équitable aux services publics, à la santé, à l’éducation et à des dispositifs de soutien adaptés, y compris dans les zones moins densément peuplées.
Enfin, ces dynamiques s’inscrivent dans un contexte politique particulier. Certains territoires ruraux sont aujourd’hui des espaces où se développent des stratégies d’implantation de forces politiques conservatrices ou d’extrême droite. Cette présence peut influencer les discours locaux et contribuer à renforcer des positions hostiles ou méfiantes envers les minorités, y compris les personnes LGBTI+.
On observe ainsi une tension entre deux réalités : d’un côté, une diversité bien réelle mais peu visible, et de l’autre, des dynamiques sociales et politiques qui peuvent freiner l’inclusion.
L’enjeu des ruralités est central pour l’avenir des droits LGBTI+. Il ne s’agit pas seulement de faire progresser les droits en général, mais de garantir qu’ils soient effectifs partout, en reconnaissant pleinement la diversité des territoires et en donnant les moyens aux personnes LGBTI+ d’y vivre dignement et librement.
L’avenir des luttes LGBTI+
Les droits obtenus ne sont jamais définitivement acquis. Dans plusieurs pays, des gouvernements conservateurs remettent en cause les droits des personnes LGBTI+, comme en Hongrie, en Russie ou dans certains États américains. L’histoire montre que chaque avancée peut être suivie d’un recul. La vigilance militante est donc indispensable pour protéger les conquêtes obtenues par des décennies de luttes.
Le mouvement LGBTI+ doit continuer à évoluer pour inclure toutes les identités et toutes les réalités. Les luttes du futur ne peuvent ignorer les questions de racisme, de classe sociale, de handicap, de migration ou de genre. Une lutte qui exclut reproduit les oppressions qu’elle prétend combattre.
L’histoire des luttes montre que les victoires sont toujours collectives. Le mouvement LGBTI+ a progressé lorsqu’il a su s’allier avec les mouvements féministes, antiracistes, syndicaux et pour les droits humains. La solidarité n’est pas une option stratégique : c’est une nécessité politique.
Les Marches des Fiertés ne sont pas de simples événements festifs. Elles trouvent leur origine dans les émeutes de Stonewall riots, lorsque des personnes LGBTI+, des drag-queens, des personnes trans et des personnes racisées ont résisté à la violence policière.
La Pride est née d’une révolte, pas d’une célébration commerciale.
La rappeler, c’est refuser la dépolitisation des luttes.
Nous marchons pour une société :
Ouverte à la diversité et diversifiée : une société démocratique doit reconnaître que la diversité des identités, des corps et des familles est une richesse, et non une menace.
Digne : Chaque personne doit pouvoir vivre sans honte, sans peur et sans violence, quelle que soit son orientation sexuelle ou son identité de genre.
Égalitaire : L’égalité ne doit pas être seulement inscrite dans la loi, mais visible dans la vie quotidienne, à l’école, au travail, dans la santé et dans les institutions.
L’objectif final des luttes LGBTI+ n’est pas seulement la tolérance, mais l’émancipation : le droit de vivre librement, pleinement, et sans avoir à se justifier d’exister.


